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texte original

par GERARD MACÉ
en FRANÇAIS

En sortant de la caverne, nous verrons les mirages
qu’on rêve depuis toujours de traverser à pied sec :
des flaques d’eau qui s’évaporent quand on avance,
des nappes de lumière dans lesquelles on voit des lacs.

Aucun prophète, aucun pharaon pour marcher devant nous.
Pas de mer rouge qui s’ouvrirait d’elle-même
comme les grandes lèvres des femmes, mais un au-delà
qui recule en même temps que l’horizon.

*
Avec la neige la nappe est mise
sur les prés. Le ciel tout entier
pourrait tenir dans une cuiller en argent,
le ciel et deux ou trois soleils
sur les quatre que comptaient les Aztèques.

Le nôtre est un soleil d’hiver
qui éclaire le lieu du crime :
la goutte de sang, les plumes d’oiseau,
était-ce le festin des dieux
ou le repas du serpent ?

*
Tant de noms sous la neige
qui attendent les beaux jours
pour briller comme de l’or.

Autant de morts à la guerre
qui ont vu dans leurs yeux, leurs yeux hagards,
la campagne en fleurs derrière les barbelés.

*
Les montagnes à contrejour ressemblent à des enclumes,
et le soleil éclaire cette forge abandonnée.

Les étincelles, c’est le marteau du philosophe
qui les fait jaillir en tapant sur le vieux monde.

Un monde où l’on ferrait les chevaux
dans l’odeur de la corne, des chevaux battus
qui regardaient droit devant eux, à cause des œillères
que n’osaient pas porter les hommes.

*